Douce France ! Chronique

Chroniques de Léo Maltès

Douce France !

Terre d’exception culturelle …

Lorsqu’un monde s’écroule, un autre guète son agonie pour le remplacer… Les cycles de la vie se perpétuent et se tuent les uns les autres.

Les chinois n’ont pas compris qu’en achetant les vignobles et les châteaux de France qui les faisaient tant rêver, ils tuaient du même coup tout ce qui faisait précisément la beauté, la grandeur et le prestige de ces symboles d’existence.

Les russes à Saint-Tropez, demain sur la Costa Brava en font de même.

Les anglais dans le Lubéron, le sud-ouest, la Bretagne, depuis des décennies, ont colonisé l’âme de nos campagnes, les cultures de nos ancêtres…

Les fonds de pension américains ont sinistré des quartiers entiers de nos prestigieuses cités, jusque dans notre capitale. (Comme le quartier « République » à Lyon… par exemple)

Tout ce qui fait la grandeur de notre « exception culturelle » est aujourd’hui menacé !

Parce que nous ne saurions pas être capable de faire vivre, fructifier, et grandir nos savoir-faire, notre culture, notre art ?

Le protectionnisme n’y changerait rien, si ce n’est dans la culture et le respect de la transmission de nos ancêtres. Le fléau réside dans l’avidité de celui qui ne cesse de toujours vouloir posséder plus, et par le fait, posséder le bien des autres.

Peut-être serait-il intéressant d’imaginer une simple signalétique internationale, lisible et compréhensible par tous, du genre :

« Ceci fait parti de notre patrimoine culturel !

Mais la notion de patrimoine devrait alors être élargie sur toutes nos terres de France.

Partout là où il subsiste le plus lointain, le plus infime savoir-faire. Imaginez un instant, si les grands crus de Bordeaux étaient demain récoltés par une main d’œuvre chinoise, des vignerons, des maîtres de chais, des œnologues. Devrions-nous en changer les dénominations pour des appellations plus adaptées ? Fleur du Sinaï ? La cité Margaux ? 城堡 Lafite ? 城堡 Mouton Rothschild ? Tchin Tchin ?

Les plus grands vins du monde seraient-ils comparables à quelques pates à tartiner, dont ils suffiraient de connaître la recette pour pouvoir la produire et la reproduire ? Pourquoi faudrait-il que la recette d’une certaine boisson américaine soit mieux gardée et protégée que les châteaux de nos grands crus ?

Et si demain ces oligarques démesurés s’en prenaient à nos fromages, nos coutelleries, nos faïences, nos verreries, nos porcelaines… ? Pourquoi devraient-ils s’arrêter de tout acquérir de nos savoir-faire et de notre patrimoine ?

Chacune de ces spécialités ou spécificités de nos régions est le résultat d’un processus qui s’est opéré à travers les siècles. Chacune d’elles est chargée d’histoire, du sang et de la sueur de ceux qui l’ont élaborée, de leur amour, de leur passion, de leur propre culture.

Un grand vin de Bordeaux ne pouvait pas naître ailleurs au monde que dans le Bordelais, sur cette terre, sous cette exposition, dans ses cépages, sous les pas de ses vignerons. Une Tome de Savoie ne pouvait naître ailleurs qu’en Savoie, la choucroute ailleurs qu’en Alsace, un Bourgogne en Bourgogne… mais aussi un whisky ailleurs qu’en Irlande ou en Ecosse.

Il en est de même de toutes les particularités du monde entier. Et c’est précisément la « richesse » de cette diversité qui en fait toute la « richesse » culturelle !

Quel intérêt au de la folie qu’elle présuppose, de déplacer pierre par pierre, un château de la Loire, ou un manoir de Normandie jusque dans une province perdue de la chine ou des Emirats ?

Dans le quartier République de Lyon, à croire que le symbole (ou la cible) était parfaitement défini, il n’y a plus âme qui vive depuis que les fonds de pension ont ruinés tous les propriétaires pour les forcer à quitter les lieux ! Le connard de trader qui les représente n’a d’autre préoccupation que de faire fructifier le patrimoine foncier de ceux qui l’emploient grassement. Et nos dirigeants politiques, nos élus, les garants de notre société et de son ordre, « s’en battent le coquillart » ! Aucun d’entre eux ne daignera faire rempart à ce non-sens, à cette absurdité.

Le particularisme d’un endroit, d’un commerce, d’une appellation, d’une spécialité tient son essence de la culture elle-même des personnes qui l’ont élaboré. Cet ensemble de déterminisme parfois des plus ténus qui permet de le faire perdurer à travers les siècles. La fondue savoyarde d’un chef chinois ou brésilien aura sans doute la même saveur partout dans le monde pour peu que la recette et ses ingrédients soient bons. Pourtant si vous deviez la déguster, la trouveriez-vous aussi bonne, si vous découvriez par qui elle a été cuisinée ?

Mais vous viendrait-il jamais à l’esprit de commander une choucroute dans un restaurant chinois ? des sushis dans une Win stub, une paella dans bouchon, un tablier de sapeur dans un bar à tapas ? Vous semblerait-il possible ou concevable qu’un célèbre et richissime auvergnat bordelais ou alsacien puisse DIRIGER un temple chinois ?…

[…]

Joseph de Berchoux, triple arrière-grand-oncle de mes enfants, littérateur et un brin poète distingué de son état, historien et sociologue également, inventa le mot « gastronomie » en publiant en 1800, La Gastronomie (1801), poème badin qui lui valu d’obtenir un grand succès traduit en plusieurs langues.

D’innombrables histoires du même cru font l’histoire et la renommée de notre culture française.

A vos plumes !

Léo Maltès

Copyright – Avril 2015

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